Cette semaine de repos passée au milieu des miens m'a fait un bien fou .Rien de tel que les petites taches quotidiennes accomplies dans la quiétude pour reposer les pieds sur terre, reprendre racine , se retrouver, au milieu du désordre émotionnel qui m'avait envahi insidieusement , ces dernières semaines.

Je suis hantée par un regard ...

Il faut dire que je ne peux m'en prendre qu'à moi . J'ai  dérogé à une règle ,à laquelle j'avais décidé de m'astreindre , il y a 4 ans : Suivre mes patients en hôpital de jour et ne plus leur rendre visite dans les services lors des hospitalisations qui jalonnent souvent leur douloureux parcours. C'est une bien pauvre stratégie purement intellectuelle de protection  , me direz vous ,mais elle fonctionne assez bien tant que l'on s'y tient !

La charge émotionnelle est très lourde dans ce type de service et l'empathie peut devenir une arme à double tranchant si l'on y prend garde.Il faut sans cesse réfléchir à son ressenti , mettre en place des balises , des zones de repli , se protéger .Un soignant qui va mal ne remplit plus son rôle.

J'ai  fait hospitaliser un de nos patients en bout de course en unité de soins palliatifs, il y a 15 jours et je lui ai rendu visite sans blouse blanche, simplement , un soir , avant de rentrer chez moi . Je ne pouvais me faire à l'idée que ce type , sans famille , soit aussi désespérément seul .On ne devrait pas mourir seul dans l'univers dépersonnalisé et anonyme d'une chambre d'hôpital.
Il m'a gratifiée d'un regard chargé d'émotion , de reconnaissance et les larmes nous sont montées aux yeux.

L'intensité de ce regard m'a pétrifiée . Il y avait une telle démesure entre la simplicité de mon geste et la reconnaissance exprimée par ses yeux .

Ce regard me poursuit, que vais je bien pouvoir en faire , de lui et tout ce qu'il y a derrière ?

Certainement commencer par ,jeter à la poubelle ma pauvre stratégie intellectuelle de protection et inventer autre chose . Je vous raconterais , peut être si je trouve ...

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